Nous vous présentons enfin l’interview de Jean-Charles Fitoussi, réalisateur français qui a entre autre filmé au Japon. Nous vous laisson la découvrir !
Le Chemin de Briques Roses incomplet (Maleen, Hanalysse, Itchigo, Tchi) pris par Jean-Charles Fitoussi qui n’aime pas être photographié !
Comment est venue cette passion de la réalisation ?
Jean-Charles Fitoussi : J’en ai envie depuis que je suis petit, en tout cas depuis le lycée. Avant je voulais être peintre, musicien, ou écrivain, et le cinéma englobe un peu tout ça. Quand j’ai découvert vraiment le cinéma en 2nde, je me suis dit que je voulais faire ça.
Chemin de Briques Roses : Donc ce n’est pas une histoire de famille ?
J-C. F. : Non, même si j’avais un père qui faisait du cinéma Super 8 dans les années 70, et qui avait construit la maison de sorte que le sous-sol servirait à faire du cinéma : une petite salle de montage en Super 8, et une salle de projection. Et il m’apprenait à me servir de sa caméra, de son projecteur (mais j’avais 10 ans), et j’avais fait un petit film de gangster avec des enfants de mon âge. Tout ça m’intriguait déjà, je me rendais compte qu’avec cette caméra, avec le montage, on pouvait modifier l’agencement des pièces de la maison. Mais je n’avais pas du tout l’idée de faire ça, c’est plus tard.
Vous êtes parti en 2008 à Kyoto, pourquoi ?
J-C. F. : J’ai appris le japonais quand j’étais étudiant, et j’ai fait un stage de langue à Kyoto et je me suis très bien entendu avec ma famille d’accueil, c’était il y a 16 ans. Et en 2008 je suis revenu dans cette ville et me suis installé dans une résidence d’artistes. Pendant votre séjour, vous avez réalisé un petit documentaire connu sous le nom de « Temps Japonais ».
Comment est venue cette idée de filmer les gens ?
J-C. F. : Etant au Japon avec cette petite caméra toujours sur moi, l’idée était d’envoyer aux amis restés en France, en les diffusant sur un blog, des scènes très brèves, un peu comme des cartes postales, qui rendaient compte des choses de la vie japonaise. Ce n’était pas plus que ça au départ, et au fur et à mesure, avec la tentation très forte en moi de faire des fictions, de ces brèves séquences « documentaires » j’en suis arrivé à inventer des histoires à partir des prises de vue en réinventant les dialogues, et jouant sur les sous-titres.
Que vous a apporté ce séjour ?
J-C. F. : Comme j’adore le Japon, y rester presque un an m’a permis de mieux le connaitre. J’y ai montré mes films, ils m’ont fait l’honneur d’une rétrospective. Mais c’est dur de résumer un an en une minute. Qu’est-ce que vous avez le plus aimé et le moins aimé durant ce séjour ?
Itchigo : j’ai un ami qui part au Japon pour chaque vacances, et il m’a dit quelque chose qu’il n’avait pas apprécié, c’est qu’il n’a pas réussi à nouer un réel contact avec les gens là-bas, même en parlant la langue, ça reste très superficiel.
J-C. F. : c’est sûr que les japonais se confient très peu, il y a une sorte de scission du moi dans chaque japonais, le japonais intérieur et le japonais extérieur, étanches. Et ce qui les frappe dans les films français en général, c’est le fait d’exprimer ses sentiments, et ça passe chez eux dans l’écriture, la poésie, l’art. Dans le quotidien, la moindre petite chose est faite avec un soin infini, comme un croissant superbement bien emballé. Le fait de ne pas s’exprimer participe peut-être à une forme d’esthétisation du monde. Mais effectivement, il faut faire son deuil de la confidence intime, ça vient avec beaucoup de temps et assez rarement. Les choses prennent du temps. Mais j’ai aussi la chance d’avoir une famille japonaise que je connais depuis très longtemps, donc je n’en ai pas ressenti de frustration. Il n’y a pas vraiment de choses que je n’ai pas aimées au Japon. Disons qu’il y a quelque chose de formaliste et de rigide, qui fait que tout est soumis à une règle et à un code, et parfois jusqu’à l’absurde. Mais on peut trouver ça amusant. Il y a aussi le fait que lorsqu’on est étranger, on jouit d’un statut particulier, surtout un artiste. Mais les jeunes aujourd’hui cherchent à s’échapper de ce conformisme.
Itchigo : et c’est justement un des principes du lolita, c’est comme un exutoire.
J-C. F. : ce qui est frappant, c’est qu’au Japon le groupe prime sur l’individu, et soi-même, on n’existe pas. Leur présence ne doit pas gêner la présence de l’autre, ils passent leur temps à s’excuser, et presque à s’excuser d’exister ! D’où la formation de groupes, de groupes parfois assez petits, car l’individu ne peut pas être seul. Tout le monde s’observe, il n’y a pas de place pour l’intime car il ne peut pas vraiment s’exprimer, et il est en plus presque connu de tous. Ce qui fait qu’il y a plein de japonais qui vont venir vivre hors du pays, car ils rêvent, tout en ayant peur, de cet individualisme occidental. Mais le prix à payer est une forme de solitude, voir d’abandon, malgré la collectivité assez abstraite des réseaux sociaux actuels.
Comment ont-ils vécu votre présence lorsque vous les filmiez ?
J-C. F. : D’abord, c’est un peuple beaucoup plus calme qu’en Occident, ils ont des plaisirs plus simples, comme par exemple s’extasier devant des phénomènes de la nature. En tout cas, c’est un peuple qui ne se sent généralement pas agressé lorsqu’on le prend en photo, ou qu’on le filme. Je suis souvent assez discret, et étant étranger ils se disent « c’est le touriste » … alors qu’il suffit de sortir sa caméra en France pour que la personne filmée se sente agressée. En tout cas, c’est beaucoup plus simple de filmer là-bas.
Vous nous avez dit avoir vu des lolitas au Japon, ce qui fait que vous avez reconnu notre style vestimentaire. Parlez-nous de cette découverte.
J-C. F. : J’en ai vu très peu à Kyoto, mais beaucoup à Tokyo.
La première fois que vous en avez vu, qu’avez-vous pensé ? N’ayez pas peur des mots !
J-C. F. : J’ai simplement trouvé ça beau. Il y a cette mode là, mais il y en a plein d’autres, c’est un groupe parmi tant d’autres. L’apparence compte énormément, et c’est ce que j’aime au Japon. Il y a un soin infini porté aux vêtements, comme si l’intériorité est aussi l’apparence, c’est ce qui nous constitue. Et j’aime cette volonté de rechercher cette élégance, qu’on l’aime ou pas d’ailleurs, il y a des styles vestimentaires extrêmes. Avec les lolitas, on a l’impression d’être projeté au XIXe siècle dans des romans anglais, et moi j’aime bien ça.
Ça ne vous choque pas d’en voir en France ?
J-C. F. : Et bien je n’en avais jamais vu à part vous ! Je ne savais même pas que ça existait.
Vous ne trouvez pas ça étrange qu’une mode japonaise inspirée de la France soit reprise par les Japonais puis par les Français ?
J-C. F. : Non, puisque à la fin du XIXe et au début du XXe, les Japonais se sont ouverts au monde, et surtout à l’Angleterre, et ont copié les uniformes, par exemple, pour les écoliers. Donc on sent qu’il y a tout cet héritage d’il y a cent ans, et c’est amusant que ça revienne ici. Mais cela reste minoritaire.
Maleen : moins minoritaire que vous le croyez !
Itchigo : ce qui est la mode au Japon arrive plusieurs années après en France. Il y a une montée impressionnante de cette culture depuis 2 ans.
Maleen : il y a surtout une montée de très jeunes filles aussi qui s’habillent comme ça, à l’école.
Tchi : oui, en France, beaucoup de lolitas veulent le porter la semaine, donc c’est une manière différente de l’aborder par rapport au Japon.
Est-ce que vous avez abordé là-bas des lolitas ?
J-C. F. : Non, je les ai juste regardées.
Si vous deviez qualifier le style lolita en quelques mots
J-C. F. : Vous savez le faire mieux que moi je pense ! Plongé dans le XIXe siècle victorien. C’est ça ?
Tchi : c’est retrouver une certaine forme d’élégance.
J-C. F. : mais toutes les japonaises sont élégantes de toute façon, les femmes sont souvent en jupe, comme dans les années 50, tout est hyper soigné, il y a un goût pour le détail très important. Quand on revient en France, on a l’impression d’arriver dans un pays un peu barbare, surtout quand on est à Roissy et qu’on prend le RER B… Même si vous dites qu’il n’y a aucun rapport avec la lolita de Nabokov, il ne faut pas oublier que la femme japonaise doit être une femme enfant, donc ce n’est peut-être pas si innocent. Mais je ne trouve pas que vous ayez l’air enfantin.
Maleen : vous n’avez pas entre nous quatre l’exemple de la sweet lolita, qui est sûrement la plus enfantine, car Itchigo s’est habillée normalement à cause du froid !
J-C. F. : j’ai vu beaucoup plus ça au Japon !
Maleen : la lolita de Nabokov est assez allumeuse, nous on ne montre pas de peau, pas de décolletés.
J-C. F. : mais le nom évoque ça !
Maleen : oui, c’est pour ça qu’à chaque fois que l’on nous demande « quel est votre style ? », la première chose que l’on dit est « lolita, mais aucun rapport avec celle de Nabokov ».
J-C. F. : et justement, le lolita est « pudique », mais une grande majorité de japonaises mettent des jupes très courtes.
Maleen : c’est aussi en réaction contre ça.
Hanalysse : ce sont des robes de jeunes filles victoriennes, les adultes ne devaient pas montrer les jambes. C’est aussi paradoxal car des adultes portent des robes d’enfants ! On a déjà eu des remarques du genre : « si vous vous habillez comme ça, c’est pour allumer les garçons ! Vous allez attirer les pervers »
Tchi : je crois que « La Petite Maison dans la Prairie », ça les a aussi traumatisés !
J-C. F. : tandis qu’au Japon, il y a une tolérance extrême, pas d’insultes ni de réflexions de la part d’inconnus.
Chemin De Briques Roses : merci beaucoup de nous avoir accordé un peu de votre temps !
Pour découvrir Jean-Charles Fitoussi, vous pouvez vous procurer en dvd son film Les jours où je n’existe pas, voir Nocturne pour le roi de Rome au cinéma l’Entrepôt à Paris, ou encore chercher des extraits de son film Temps Japonais composé de petites séquences.
by Maleen


février 20th, 2010 at 14:54
Excellente interview, merci pour cette découverte ! Temps Japonais m’a l’air génial.
février 20th, 2010 at 17:00
je suis très contente que ça t’intéresse !!
février 23rd, 2010 at 11:37
Bonjour à toutes,
Sur notre site, vous pourrez trouvez un article sur les Lolitas. j’espère qu’il vous plaira. Si c’est la cas, n’hésitez pas à le faire découvrir! C’est ici:
http://www.lavoixaufeminin.fr/actualites/mode/2010/02/20/article_tendance-lolita-de-la-tete-a-la-robe-une.shtml
merci!
mai 6th, 2010 at 06:35
Nice post, thanks for writing!